Laissez tomber la fille – SAN ANTONIO

Capture d’écran 2013-03-12 à 12.38.16EN BREF

J’ai enfin fait connaissance de l’homme qui réinventait les mots, et en inventait d’autres: San Frédéric Dard Antonio en personne. San Antonio, c’est une série de 175 volumes, publiés de 1949 à 2001, et c’est surtout Frédéric Dard accompagné de son drôle de génie. Et voilà comment je me suis retrouvée l’air béat, en 218 pages, face à ma nouvelle passion: la langue San Antonio. Drôle, provocatrice et suffisamment vulgaire. J’avais presque envie d’apprendre par coeur ses jeux de mots, ses calembours, néologismes, énumérations, et autres contrepèteries, pour briller en société ! J’aurais alors moi aussi peut-être l’air débridé, dérangé, savoureux, et surtout, inventif, de cet auteur à part entière. Et tout cela, San Antonio nous l’offre à travers une tram étonnamment simple : « San-Antonio, ne souhaitant pas participer aux opérations de police durant la seconde guerre mondiale, s’est mis au vert. C’est sans compter sur le hasard qui va lui faire reprendre du service. ». Rien de bien stimulant vu comme ça me direz-vous. Mais il faut le lire pour me croire. Ce texte à mi-chemin entre le roman populaire, l’essai critique et le policier décalé, n’a que sa lecture pour le sublimer. Le temps d’un instant, je me suis même prise pour mes parents à leurs 20 ans. Si ça peut en inspirer d’autres, alors, Vive la connerie universelle.

BREF

Simple, drôle & vulgaire à souhait.

(Editions Fleuve Noir, 218 pages.)

VERBATIM

« Les désespoirs muets m’ont toujours ému. D’ordinaire, quand une poupée rouscaille et fait des épates, je lui mets une paire de mornifles sur la tronche, histoire de guérir ses fluxions dentaires si elle en a. Mais des larmes silencieuses m’épouvantent. »

« Il y a belle lurette que la raison et moi sommes séparés pour incompatibilité d’humeur. »

« Elle devient plus rouge qu’une langouste qui apprendrait à nager dans de l’eau bouillante. »

« Elle a un sourire qui transforme ma moelle épinière en mayonnaise. C’est inouï ce que l’homme le plus blindé peut devenir évanescent devant les singeries d’une poulette. »

« Au fond, y’a que l’avenir qui soit meu-meu ; les mous-de-la-tronche qui pleurent de la vaseline en ruminant des souvenirs sont tout juste bons à balayer les waters. »

« J’avais des yeux de lion malade, et ma barbe poussait bleue. Quand ma barbe pousse bleue, c’est que j’ai des ennuis avec mon carburateur : soit parce que je suis amoureux, soit parce que mon foie revendique son indépendance. »

PLUMES (/5)

Capture d’écran 2012-04-30 à 22.11.22

L’AUTEUR

San-Antonio n’est autre que le prolifique Frédéric Dard, né en 1921 à Bourgoin-Jallieu (Isère). Il débute sa carrière à Lyon pendant la guerre, en publiant à la fois des textes de pure littérature (La Crève) et des romans policiers sous différents pseudonymes. Monté à Paris en 1949, il se partage entre le théâtre et des scénarios de films inspirés pour la plupart des excellents romans noirs (Toi, le veninLes Scélérats ou Le Monte-charge) qu’il écrit en parallèle des San-Antonio. (Source)

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14 Commentaires

  1. Catherine

    Aïe aïe aïe, voilà que ça me donne envie de relire San-Antonio; pas loin de quarante ans que ça ne m’était pas arrivé !!!

  2. Le lecteur gouailleur qui sommeille en moi à toujours eu envie d’essayer mais a toujours été retenu par la lectrice snob intello. Mais là tu me donnes envie, je pense que je vais le laisser parler et m’y mettre Dard Dard…

  3. LLB

    Tu donnes réellement en vie de le lire! Et au vu de ce que tu dis, je risque d’adorer ce côté vulgaire que e retrouve si rarement dans mes lectures!

  4. Il doit y avoir des âges et des moments pour lire San Antonio. Effectivement, j’ai été lectrice compulsive de S.A quand j’avais 20 ans. Et puis récemment, j’ai repris quelques-uns de ces bouquins, (que l’édition était de mauvaise qualité!), mais le charme n’y était plus.
    Ceci étant, j’ai sauvé de la poubelle « Le tango chinetoque », comme représentatif de l’écriture de F.Dard.
    Au cas où je retrouverais l’état d’esprit de mes 20 ans…Après tout, on parle bien de retomber en enfance…!

  5. Sylvie Gibert

    Pour moi qui n’ai aucune mémoire pour retenir des citations, j’ai depuis des années celle-ci en tête:
    « la lune de Provence éclairait à Giono ».
    Je ne sais plus dans quel San Antonio je l’ai lue, j’en lis tous les étés,ce sont mes romans de vacances. C’est une bouffée d’oxygène pour l’intellect.

  6. Pingback: La revue de l’après-fin du monde (s12) | Agaboublog

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